Le traitement fiscal des heures supplémentaires a toujours soulève de nombreuses interrogations chez les salariés comme chez les employeurs. L’idée que ces heures de travail en plus puissent être exonérées d’impôt séduit, mais la réalité dépend d’un cadre légal précis, soumis à des conditions et à des plafonds. Cet article fait le point sur les règles actuelles, les exonérations possibles, les cas d’imposition et les démarches à suivre pour bien déclarer ces revenus. Faut-il les déclarer aux impôts ? Jusqu’à quel montant sont-elles exonérées ? Quelles sont les situations particulières ? Faisons le point.
Sommaire :
Le cadre légal des heures supplémentaires
La fiscalité des heures supplémentaires ne peut être comprise sans revenir d’abord à leur définition juridique et au cadre qui les régit. Encadrées à la fois par le Code du travail et le Code général des impôts, ces heures effectuées au-delà du seuil légal répondent à des critères précis.
Qu’est-ce qu’une heure supplémentaire au sens du droit du travail ?
Les heures supplémentaires correspondent aux heures effectuées au-delà de la durée légale de travail, fixée à 35 heures hebdomadaires pour les salariés à temps plein (article L3121-28 du Code du travail). Ces heures sont majorées et donnent droit à une rémunération spécifique.
En pratique, une heure supplémentaire est généralement payée avec une majoration de 25 % pour les huit premières heures (de la 36e à la 43e heure), puis 50 % au-delà. Certaines conventions collectives peuvent aménager ces taux.
L’Urssaf précise que ces heures doivent être comptabilisées avec précision, notamment en cas de contrôle fiscal ou social, car elles peuvent donner lieu à exonérations fiscales et sociales spécifiques.
Ce que dit la loi sur l’imposition des heures supplémentaires
Depuis le 1er janvier 2019, les heures supplémentaires bénéficient d’une exonération d’impôt sur le revenu, dans la limite d’un plafond annuel de 7 500 euros brut par salarié (loi n° 2018-1213 du 24 décembre 2018).
Au-delà de ce seuil, les heures supplémentaires sont imposables comme les autres revenus du travail.
Cette mesure, confirmée dans la loi de finances pour 2023, vise à récompenser le travail supplémentaire sans pénaliser fiscalement les salariés concernés. Toutefois, cette exonération ne concerne que l’impôt sur le revenu : les cotisations sociales restent dues, à l’exception de certaines réductions.
VOIR AUSSI : Calcul des congés payés en année incomplète : fonctionnement et exemples
Les exonérations fiscales en détail
Si les heures supplémentaires peuvent être exonérées d’impôt, cela ne se fait pas sans conditions. Cette section détaille les critères à remplir, les plafonds applicables et les cas où cette exonération s’applique ou non.
Quelles conditions pour bénéficier de l’exonération ?
Pour qu’une heure supplémentaire soit exonérée, elle doit respecter plusieurs critères :
- Être effectivement rémunérée comme une heure supplémentaire (avec majoration).
- Être réalisée dans le cadre d’un contrat de travail (CDI, CDD ou intérim).
- Figurer clairement sur le bulletin de paie, en tant qu’heure supplémentaire exonérée.
L’employeur doit transmettre le montant total de ces heures via la DSN (Déclaration Sociale Nominative), ce qui permet à l’administration fiscale de préremplir la déclaration d’impôt.
Un salarié ne peut cumuler l’exonération fiscale qu’à hauteur de 7 500 euros bruts par an. Au-delà, le surplus est imposable et doit être ajouté aux revenus imposables.
Le cas des heures supplémentaires des agents publics
Depuis 2022, les agents des trois fonctions publiques (État, territoriale, hospitalière) peuvent également bénéficier de cette exonération d’impôt sur leurs heures supplémentaires, notamment via le dispositif RIFSEEP ou les indemnités de sujétion.
Cependant, dans les fonctions publiques, la réalisation des heures supplémentaires est plus strictement encadrée. Elle doit répondre à des nécessités de service et être autorisée formellement.
VOIR AUSSI : 5 moyens de développer votre entreprise en ligne à l’échelle mondiale
Cas pratiques et exemples concrets
Pour mieux comprendre le traitement fiscal des heures supplémentaires, cette section propose des exemples concrets. Elle montre comment s’appliquent les exonérations selon le revenu, le volume d’heures effectuées et la situation professionnelle du salarié.
Exemple n°1 : Un salarié du privé avec 200 heures supplémentaires
Prenons le cas de Paul, salarié en CDI dans une entreprise de logistique, qui effectue en 2024 200 heures supplémentaires payées à un taux moyen de 25 % de majoration. Son taux horaire étant de 20 €, cela représente :
- 200 h x 20 € = 4 000 €
- Majoration moyenne de 25 % : 4 000 € x 1,25 = 5 000 € bruts
Ces 5 000 euros sont exonérés d’impôt sur le revenu, car ils restent sous le plafond des 7 500 €. Paul les verra apparaître en tant que tels sur sa déclaration de revenus préremplie.
Exemple n°2 : Une cadre qui dépasse le plafond d’exonération
Claire, cadre dans une entreprise de conseil, effectue régulièrement des heures supplémentaires et atteint un montant annuel de 9 200 € bruts d’heures majorées. Seuls 7 500 € seront exonérés ; les 1 700 € restants s’ajouteront à son revenu imposable.
Dans ce cas, la gestion de la déclaration fiscale nécessite de vérifier les montants préremplis et de corriger le cas échéant.
Comment déclarer ses heures supplémentaires ?
Même si l’exonération est automatique, il est crucial de bien vérifier les données déclarées à l’administration fiscale.
Vérification de la déclaration préremplie
En général, les heures supplémentaires exonérées apparaissent dans la case 1GH/1HH de la déclaration d’impôt. Les montants supérieurs au plafond doivent être ajoutés en case 1AJ comme salaire imposable.
Le contribuable doit contrôler son bulletin de paie et les totaux indiqués dans la déclaration pour éviter une sous-estimation ou surestimation des revenus.
La DGFiP recommande d’utiliser le service en ligne de correction disponible sur impots.gouv.fr si une erreur est détectée après réception de l’avis d’imposition.
Traitement des heures complémentaires pour les temps partiels
Les salariés à temps partiel effectuent des heures complémentaires, soumises aux mêmes règles fiscales que les heures supplémentaires, dès lors qu’elles sont rémunérées avec une majoration légale.
Exemple : Une salariée à 28 heures hebdomadaires effectue régulièrement 4 heures en plus par semaine, avec majoration. Ces heures sont éligibles à l’exonération, si le total annuel ne dépasse pas 7 500 €.

VOIR AUSSI : Combien de semaines de congés l’employeur peut-il imposer ?
Quid des autres prélèvements ? CSG, CRDS, cotisations…
Même exonérées d’impôt sur le revenu, les heures supplémentaires peuvent donner lieu à d’autres prélèvements. Ce point souvent mal compris mérite d’être clarifié. En effet, depuis 2019, les cotisations salariales sur les heures supplémentaires ont été en partie réduites. Le salarié bénéficie d’une réduction de cotisations, sans toutefois bénéficier d’une exonération totale.
Il reste assujetti à la CSG (9,2 %) et à la CRDS (0,5 %), ce qui affecte légèrement le montant net perçu.
Pour l’employeur, la charge reste présente, bien que le gouvernement ait mis en place des dispositifs d’exonération partielle pour certaines entreprises (notamment dans la fonction publique hospitalière).
Si les heures supplémentaires bénéficient aujourd’hui d’un régime fiscal avantageux, leur exonération d’impôt est encadrée par des règles strictes et un plafond annuel. Comprendre ces règles permet d’éviter les erreurs de déclaration et de maximiser le revenu net perçu. Il reste essentiel de vérifier les montants déclarés, notamment en cas de dépassement du seuil d’exonération. Une bonne connaissance du régime fiscal applicable garantit une meilleure anticipation fiscale et budgétaire.






