En 2024, un basculement historique s’est produit dans les habitudes de paiement des Français. Pour la première fois, la carte bancaire a dépassé les espèces aux caisses des commerces. C’est l’enquête SPACE de la Banque centrale européenne qui le révèle. Pour faire court, 48 % des paiements s’effectuent désormais par carte Visa ou Mastercard, contre 43 % en liquide. Une inversion qui semblait impensable il y a encore dix ans !
Sommaire :
La carte a dépassé les espèces pour la première fois en 2024
L’évolution des dix dernières années donne la mesure du chemin parcouru. En 2016, les espèces représentaient encore 68 % des paiements en magasin. Ce chiffre est tombé à 57 % en 2019, puis à 50 % en 2022, avant d’atteindre un plus bas avec les 43 % actuels. En moins d’une décennie, la part du liquide a chuté de 25 points de pourcentage.
Il faut dire que la pandémie de Covid-19 a été un catalyseur clé, avec les injonctions à limiter les contacts physiques.
La carte bancaire s’impose lentement mais sûrement
Le paiement sans contact est forcément devenu un réflexe, d’autant que le gouvernement a accompagné ce mouvement : le 11 mai 2020, le plafond du sans contact est passé de 30 à 50 euros. L’impact fut immédiat puisque trois jours après, les transactions entre 30 et 50 euros sans contact bondissaient déjà de 15 %.
Cette progression de la carte bancaire se vérifie également dans des secteurs où le liquide n’a, par définition, pas sa place. Les casinos en ligne en offrent un bon exemple. Ces plateformes, accessibles depuis un navigateur ou une application mobile, proposent des jeux de table comme le blackjack ou la roulette, des machines à sous virtuelles, ainsi que des tournois de poker.
Pour commencer à jouer, l’utilisateur dépose de l’argent sur son compte, par carte bancaire par exemple. S’il remporte une partie ou se distingue lors d’un tournoi, ses gains lui sont versés selon des modalités qui varient d’un opérateur à l’autre. Sur certains sites, vos gains sont retirés immédiatement, tandis que d’autres imposent un délai de traitement de quelques jours. Cette fluidité des transactions y est pour beaucoup dans le succès de ces plateformes.
Le chèque reste un moyen de paiement bien français
Quant au chèque, il poursuit sa lente disparition. La France détient un record singulier : elle émet à elle seule 87 % des chèques de toute l’Union européenne… pour seulement 15 % de sa population.
Quoique les habitudes aient la peau dure, les Français ralentissement doucement mais sûrement avec le chéquier : le volume a reculé de 12 %, pour atteindre environ 784 millions de chèques valides dans l’année.

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Tous les Français n’ont pas basculé au même rythme
Comme toujours, derrière les moyennes nationales se dessinent des lignes plus irrégulières.
L’âge constitue le premier facteur de différenciation
Les personnes de plus de 55 ans utilisent les espèces dans 57 % de leurs transactions, contre moins de 50 % pour les 18-39 ans. Statistiquement, cela signifie qu’une personne de plus de 55 ans a près de trois fois plus de chances de payer la majorité de ses dépenses en liquide qu’un jeune de moins de 25 ans.
Rien de vraiment surprenant, compte tenu du fait que le paiement depuis un téléphone mobile concerne 10 % des achats des jeunes adultes, mais seulement 3 % chez les seniors.
Le niveau de revenu est le deuxième facteur de différenciation
Les personnes gagnant moins de 1 000 euros par mois recourent davantage aux espèces, tandis que l’adoption du paiement mobile progresse nettement au-delà de 4 000 euros mensuels.
La fragilité budgétaire, c’est-à-dire la difficulté à boucler ses fins de mois, augmente de 18 % la probabilité de privilégier le liquide. Environ 8 % des Français sont considérés comme mal bancarisés et dépendent des espèces pour leurs achats essentiels.
La géographie crée une troisième ligne de partage
Si près de 99% de la population métropolitaine vit à moins de quinze minutes en voiture d’un distributeur automatique, il se trouve que 360 000 personnes doivent parcourir plus de trente minutes pour retirer de l’argent.
D’autant que le réseau de distributeurs s’est contracté depuis 2018, puisque 198 communes ont perdu leur dernier appareil depuis 2015. Cette désertification touche presque exclusivement les zones rurales.

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Le liquide conserve des atouts que la carte n’offre pas
Malgré le recul des paiements en espèces, 60 % des Français estiment important de pouvoir continuer à payer en liquide. Cet attachement repose sur des motivations concrètes. Et loin d’être irrationnelles.
L’anonymat et la protection de la vie privée
Ces deux arguments arrivent en tête, invoqués par 40 % des répondants à l’enquête européenne. Les espèces permettent des transactions sans qu’aucun tiers n’en soit informé. Le philosophe Gaspard Koenig résume l’enjeu bien français : la traçabilité du moindre flux financier tend inévitablement à moraliser et politiser nos transactions.
La gestion du budget
Elle motive forcément les défenseurs du liquide. Les études de psychologie comportementale confirment que nous dépensons plus facilement avec une carte qu’avec des billets, précisément parce que la dépense semble moins tangible. La sensation de voir l’argent quitter physiquement son portefeuille agit comme un frein naturel aux achats impulsifs.
L’inclusion financière
Selon la Banque de France, 10 à 15 % des Français n’ont pas d’alternative au cash : personnes âgées peu familières du numérique, bénéficiaires de prestations sociales, populations non bancarisées, habitants de zones rurales éloignées des services bancaires. Pour ces publics, la disparition des espèces équivaudrait à une exclusion économique.
Une coexistence appelée à durer encore un bout de temps
L’avenir ne s’oriente pas vers une disparition du liquide, loin de là. Disons plutôt une cohabitation durable entre espèces et moyens numériques. Les institutions l’ont compris et n’insistent pas davantage.
Adoptée en octobre 2024, elle défend explicitement l’universalité et l’acceptation pleine du cash. La Banque centrale européenne, dans sa Stratégie Cash 2030, prévoit que les espèces continuent à circuler et restent largement disponibles.
Un projet de règlement européen vise à garantir leur acceptation partout. En France, les commerçants doivent toujours accepter les espèces, sous peine d’amende !
D’ailleurs, il faut savoir ceci : alors même que les paiements en liquide reculent, la quantité de billets en circulation augmente. Elle a progressé de 9 % en France et de 8 % en zone euro en 2023.Ce phénomène de “masse papier” s’explique par la fonction de réserve de valeur des espèces : un Français sur quatre conserve du liquide à domicile. Signalons tout de même qu’en matière d’amour du cash, les pays germanophones et l’Irlande sont les premiers en Europe. L’Allemagne (69%), l’Autriche (73%) sont les pays où le cash reste roi dans les transactions commerciales.






