Transmettre un bien immobilier tout en conservant son usage ou ses revenus peut sembler contradictoire. Pourtant, la donation en nue-propriété repose sur un mécanisme juridique simple : le propriétaire sépare la nue-propriété de l’usufruit. Cette stratégie de transmission peut alléger les droits de donation, organiser la succession et préserver les intérêts du donateur. Elle demande toutefois une analyse précise du patrimoine, de l’âge et de la situation familiale.
Sommaire :
Comprendre le démembrement de propriété
Le démembrement divise la pleine propriété en deux droits. L’usufruit permet d’utiliser le logement et, lorsqu’il est loué, d’en percevoir les loyers. La nue-propriété donne principalement le droit de disposer du bien, notamment de le vendre avec l’accord de l’usufruitier. Le donateur peut donc transmettre la nue-propriété à un enfant et rester usufruitier.
Cette organisation produit un effet concret : pendant la période d’usufruit, le parent conserve la jouissance du bien ou ses revenus locatifs, tandis que l’enfant détient déjà un droit de propriété. Au décès de l’usufruitier, l’usufruit s’éteint généralement et l’enfant devient pleinement propriétaire, sans nouveaux droits de donation sur cette réunion de propriété.
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Pourquoi la donation en nue-propriété réduit-elle les droits ?
Le principal avantage fiscal vient de l’évaluation de la nue-propriété. La loi ne retient pas systématiquement 100 % du prix du bien pour calculer les droits. Elle applique un barème lié à l’âge de l’usufruitier au jour de la donation. Plus le donateur est jeune, plus la valeur fiscale de l’usufruit est importante et plus la nue-propriété représente une fraction réduite de la propriété.
À titre d’exemple, entre 61 et 70 ans, l’usufruit représente fiscalement 40 % et la nue-propriété 60 %. Pour un bien immobilier estimé à 300 000 euros, la base fiscale de la nue-propriété est donc de 180 000 euros. Les abattements applicables entre parent et enfant peuvent ensuite réduire la base effectivement soumise aux droits.
Le barème légal prévoit notamment :
- moins de 21 ans : nue-propriété à 10 % ;
- de 51 à 60 ans : nue-propriété à 50 % ;
- de 61 à 70 ans : nue-propriété à 60 % ;
- de 71 à 80 ans : nue-propriété à 70 % ;
- plus de 91 ans : nue-propriété à 90 %.
L’intérêt dépend donc fortement du montant du patrimoine transmis, de l’âge et des abattements disponibles.
Une donation anticipée peut aussi permettre de renouveler, lorsque les conditions légales sont réunies, l’utilisation des abattements au fil du temps.
Quels avantages pour le donateur et l’enfant ?
Pour le donateur, la réserve d’usufruit permet de conserver l’usage d’une résidence ou les revenus d’un logement loué. Il reste usufruitier et peut continuer à organiser la gestion courante dans les limites prévues par l’acte et par la loi. Pour l’enfant, la donation constitue une transmission immédiate d’un droit sur le patrimoine familial.
Plusieurs intérêts peuvent être recherchés :
- anticiper la succession ;
- réduire la base taxable de la donation ;
- conserver les loyers grâce à l’usufruit ;
- préparer progressivement la transmission aux enfants ;
- éviter qu’une transmission soit entièrement repoussée au décès.
La stratégie peut être particulièrement pertinente lorsque le patrimoine comprend plusieurs biens. Elle permet de transmettre la nue-propriété d’un logement tout en conservant l’usufruit d’un autre, selon les objectifs familiaux.
Que se passe-t-il au décès de l’usufruitier ?
Au décès du donateur usufruitier, son usufruit viager s’éteint. Le nu-propriétaire récupère alors la pleine propriété du bien. Cette réunion de l’usufruit et de la nue-propriété ne donne pas lieu, en principe, à un nouveau droit de mutation à titre gratuit. C’est l’un des arguments majeurs du dispositif pour préparer une succession.
La situation doit néanmoins être distinguée d’un usufruit successif ou d’un usufruit détenu par une autre personne. Les clauses de l’acte peuvent modifier la durée pendant laquelle l’enfant reste nu-propriétaire. Le notaire doit donc vérifier les conséquences civiles, notamment au regard des autres enfants, du conjoint et des règles de réserve héréditaire.

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Qui paie les charges, les travaux et les impôts ?
Le partage des responsabilités entre usufruitier et nu-propriétaire doit être anticipé. L’usufruitier assume en principe l’entretien courant et les dépenses liées à la jouissance du bien. Les grosses réparations relèvent généralement du nu-propriétaire, sous réserve des règles civiles et des clauses de l’acte.
La question de la taxe foncière, des travaux, de l’assurance et des charges de copropriété mérite aussi une vérification avant la signature. La gestion d’un bien démembré peut devenir complexe lorsque l’usufruitier souhaite vendre, réaliser des travaux importants ou modifier la destination du logement. L’accord entre usufruitier et nu-propriétaire est alors essentiel.
Donation, immobilier locatif et LMNP : attention aux confusions
La donation en nue-propriété peut concerner un investissement immobilier locatif, mais elle ne constitue pas en elle-même un dispositif de défiscalisation. Les régimes comme le LMNP répondent à des règles propres concernant l’activité de location meublée, les revenus et, selon les situations, le déficit ou le traitement fiscal des charges.
De même, les dispositifs immobiliers ou fonciers évoqués dans l’actualité, notamment certaines mesures associées au logement et aux débats autour du dispositif LLI, ne doivent pas être confondus avec le démembrement.
Le nom de Jeanbrun peut apparaître dans les discussions récentes sur la politique du logement, mais cela ne change pas les règles fondamentales de la donation en nue-propriété.
Quelles précautions prendre avant de donner ?
Une donation démembrée engage durablement le patrimoine familial. Le choix ne doit donc pas reposer uniquement sur une réduction d’impôt. Il faut examiner la valeur du bien, sa situation locative, les besoins financiers du donateur et l’équilibre entre les enfants, ainsi que les éventuels impôts futurs.
La situation financière du donateur mérite notamment une attention particulière. Conserver l’usufruit signifie préserver des revenus, mais une donation irrévocable réduit aussi la liberté de disposer seul du bien. Il faut donc conserver une réserve financière suffisante pour faire face aux dépenses futures, notamment pendant une longue durée de retraite.
Avant la signature, il est utile de vérifier :
- la valeur réelle du bien et son prix de marché ;
- l’âge de l’usufruitier et le barème fiscal applicable ;
- les abattements et droits de donation disponibles ;
- la répartition des charges et des travaux ;
- les conditions d’une éventuelle vente ;
- les conséquences pour chaque enfant et pour le conjoint.
Le recours au notaire est indispensable pour sécuriser l’acte et préciser les pouvoirs de chacun. Le professionnel peut aussi étudier les clauses de réversion d’usufruit, les modalités de gestion et les conséquences d’une éventuelle vente.
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Une stratégie efficace, mais pas universelle
La donation en nue-propriété présente de vrais avantages : elle permet de transmettre plus tôt, de conserver l’usufruit et, dans de nombreuses situations, de réduire la base taxable. Mais elle prive aussi le donateur de certains attributs de la pleine propriété. Le nu-propriétaire ne peut pas, seul, décider de toutes les opérations portant sur le bien.
La pertinence du dispositif dépend donc de la situation personnelle, de la fiscalité, de la valeur du patrimoine et de l’horizon de transmission. Un achat immobilier réalisé dans l’objectif d’une future donation doit lui aussi être pensé dès l’origine : financement, revenus, travaux, régime foncier et stratégie successorale doivent rester cohérents.
La donation en nue-propriété permet surtout d’anticiper une transmission tout en conservant l’usufruit. Son intérêt dépend de l’âge, du patrimoine et des objectifs familiaux : une étude notariale personnalisée reste déterminante.






